
Nous trouvons en Maurienne et particulièrement dans les environs immédiats de St Michel, les traces d’un peuplement ancien, postérieur au paléolithique, qui n’a laissé quasiment aucun vestige en Savoie. St Michel peut s’enorgueillir de posséder un nombre relativement important de mégalithes, sur le flanc est de la vallée, à La Buffaz et au Thyl, en bordure des voies anciennes qui surplombaient la plaine en partie inondée par les eaux de l’Arc.
Peu de traces par contre concernant l’âge du bronze ou l’âge du fer.
C’est avant l’occupation romaine que l’on peut situer l’arrivée en Maurienne des Médules, peuplade gauloise qui s’est installée tout le long de la vallée de l’Arc, jusqu’à St Michel et peut être même jusqu’à Modane ou Termignon. Les différentes tribus s’étaient établies surtout sur les hauteurs, la plaine étant envahie par les eaux d’un torrent capricieux et vagabond ; et c’est certainement l’une d’elles, installée sur notre sol qui baptisa St Michel MAGUS. « MAGUS était synonyme de mansio, maison, famille ; on appelait aussi mansio une localité où les ambassadeurs , les magistrats, les soldats avaient le droit d’être logés par les habitants ; c’était le bourg, le centre du commerce de la vallée, tel était et est encore St Michel. » Chanoine Truchet, Histoire de Maurienne
Les Romains quant à eux, ont privilégié une voie qui passait par le Montgenèvre, et c’est seulement une voie secondaire qui empruntait la vallée de l’Arc et passait sur les hauteurs de St Michel.
Au Moyen-âge, Saint-Michel, comme la plupart des villes, va se développer et se fortifier. On y entrait par deux portes voûtées situées à l’Est et à l’Ouest du Bourg. Aujourd’hui, on peut admirer les voûtes constituant les entrées, débouchant sur les vieilles rues pavées, ainsi que la Tour ronde et la Tour carrée, derniers témoins de ces fortifications qui assureront sa défense durant ces temps troublés.
C’est au cours de cette période que va naître et s’affirmer la dynastie des comtes de Savoie avec son fondateur, Humbert Ier ditaux blanches mains, ancêtre des ducs de Savoie, futurs rois d’Italie.
Saint Michel était une des plus importantes communautés appartenant au Comte de Savoie dans la vallée de la Maurienne.
Sources : « Saint-Michel et ses environs » de Jean-Claude Charvoz


Depuis l’époque romaine, St Michel a été une extraordinaire charnière au croisement de la route du Mont Cenis et des chemins reliant la Tarentaise, Valloire et le Galibier.
L’intérêt stratégique de la ville amena les premiers comtes de Savoie à transférer au XIIe siècle le siège de la châtellerie de Maurienne d’Hermillon à St Michel, qui joua le rôle de centre administratif pour les sujets du comte. Le château de St Michel, dont il ne subsiste qu’une tour ronde qui domine le vieux bourg, abritait une garnison militaire des Comtes de Savoie.
Au début du XIXe siècle, le développement de l’économie d’échanges fit de la ville une bourgade – étape importante.
Ce rôle fut renforcé par la construction du chemin de fer Fell entre St Michel et Suze via le Mont Cenis. Succès de courte durée car la ligne fut condamnée par l’ouverture du tunnel ferroviaire du Mont Cenis en 1871.
Le XIXe siècle vit le développement d’industries prospères liées à l’exploitation de l’anthracite et du calcaire.
Le relief hardi de la vallée favorisa l’installation des premiers utilisateurs de la houille blanche.
L’usine de la Saussaz fabriqua de l’aluminium dès 1905.
Louis Renault créa l’usine du Temple en 1917 qui se spécialisa dans la fabrication des aciers spéciaux.
L’usine Métaltemple a été longtemps parmi les premières fonderies de précision européennes et « Forges de Maurienne » qui est arrivé en 1991 était spécialisée dans la frappe à froid.
Aujourd’hui, de toutes ces industries, il reste encore Métaltemple qui perdure malgré le contexte économique difficile sur toute la vallée et l’industrie déclinante.
Ville étape, St Michel est devenu peu à peu un lieu de séjour pour de nombreux vacanciers grâce à des équipements sportifs et culturels variés et à la valorisation de ses villages et hameaux traditionnels. Au pied des grands cols alpins, à proximité de stations conviviales, aux portes du Parc National de la Vanoise, Saint Michel essaie de tirer partie de sa situation au cœur de la Maurienne et d’une zone touristique très riche en toutes saisons. L’ouverture en 2007 de l’espace alu, musée de l’épopée de l’aluminium dans les alpes, lui confère la dimension d’une ville touristique. C’est le nouveau défi qui attend St Michel de Mnne en ce début de XXIe siècle ?

Pour la Savoie comme pour les autres régions de France, le XIXe siècle fut une période de développement et d’essor industriel intense. St Michel devint très tôt le centre d’activités industrielles variées et sut s’adapter progressivement aux techniques nouvelles.
Sources : « Saint-Michel et ses environs » de Jean-Claude Charvoz

Les dures conditions de la vie en montagne ont contraint très tôt les Mauriennais à mettre en œuvre toutes les possibilités qui s’offraient à eux pour exploiter les maigres ressources que la nature a mises à leur disposition. Dès le Moyen-Age, ils utilisèrent largement la force motrice de l’Arc et de ses affluents. Jusqu’à l’apparition de la machine à vapeur puis de l’énergie électrique, de nombreux moulins à eaux se dressaient le long de ces cours d’eau, permettant à de petites industries de fonctionner. Entre autres industries traditionnelles ayant subsisté jusqu’à la veille de la révolution industrielle, on peut noter l’exploitation de la chaux et du charbon. En pleine zone houillère, St Michel a su profiter des gisements d’anthracite, tôt exploités à usage domestiques puis industriellement. L’exploitation de l’anthracite ne connaîtra un essor industriel qu’à partir du 19ème siècle avec la multiplication des compagnies et des concessions.
La présence d’anthracite et de calcaire marneux favorise le développement des fours à chaux déjà exploités fort anciennement avec les carrières d’exploitation du Pas-du-Roc. La construction du Chemin de fer Victor-Emmanuel, les travaux d’endiguement de l’Arc et de l’Isère, la percée du tunnel du Fréjus et les travaux d’amélioration de la route Chambéry-Turin donnent un essor à cette industrie de la chaux et lui ouvrent des débouchés extérieurs. Les activités s’étendent en Val de Suze et dans le canton de Vaud.

Cette histoire commence pourtant loin de la vallée de la Maurienne lorsqu’en 1854, Henri Sainte Claire Deville, s’appuyant sur les travaux de l’Allemand Wöhler et de l’Anglais Faraday sur l’électrolyse, réussit à produire dans son laboratoire du quai de Javel à Paris le premier lingot d’aluminium fondu.
En 1886, deux chercheurs, le Français Paul Héroult et l’Américain Charles-Martin Hall déposent à deux mois d’intervalle un brevet pour la préparation électrolytique de l’aluminium. Héroult, pour exploiter son brevet s’adresse à la banque Rothschild qui demande alors une expertise à un directeur de laboratoire, Adolphe Minet. Celui-ci remet un rapport défavorable mais dépose bientôt un brevet presque identique à celui de Héroult, au nom de deux frères, Myrtil et Ernest Bernard. Ces derniers installent en 1893 la première usine mauriennaise d’aluminium au lieu dit Calypso, à St Michel de Maurienne.La même année, Paul Héroult ouvre une usine à La Praz et la Maurienne entre dans l’ère de l’aluminium.
En 1897, Pechiney rachètera l’usine de Calypso .
Quelques années plus tard, Héroult rachètera l’usine de Calypso : La Maurienne entre dans l’ère de l’aluminium. Jusqu’en 1914, Calypso fut la plus importante usine d’aluminium d’Europe. En 1905, s’ouvrira l’usine de la Saussaz à st Michel de Maurienne. Elle restera en activité durant 79 ans et cessera sa production en 1984.

L’ abaissement du prix des matières premières en provenance d’Italie (maïs pour la polenta, blé dur pour les pâtes), grâce au fonctionnement de la voie ferrée, a permis la création à St Michel , dans le courant de l’année 1870, d’une usine de fabrication de pâtes alimentaires. L’afflux d’étrangers et notamment d’Italiens, provoqué par l’usine d’aluminium de La Saussaz, fut bénéfique à l’usine de pâtes dont une société lyonnaise reprit et intensifia la fabrication. D’après un recensement de 1906, 102 personnes étaient employées dans cette usine. Au moment de l’incendie de 1930 qui a détruit la totalité des bâtiments, l’usine de pâtes comptait plus de 200 employés.
La disparition accidentelle de cette usine n’a cependant pas diminué l’activité industrielle de St Michel car une nouvelle usine métallurgique allait voir le jour : les Aciéries du Temple

Louis Renault, venant en Maurienne, s’intéresse lui aussi aux ressources énergétiques. Dès 1917, il participe à l’aménagement de la Neuvache : barrage en amont de Valmeinier, conduite forcée, centrale du Chatelard 740 m plus bas. En 1920, Louis Renault achète un terrain au lieu-dit Le Temple et y construit des ateliers de fabrication de carbure de calcium et de ferro silicium. En 1929, il décide de créer les Aciéries du Temple en vue d’approvisionner en aciers alliés ses usines de Billancourt.
Les Aciéries du Temple seront nationalisées le 15 octobre 1945 et son président-directeur général, Pierre Lefaucheux, va alors entreprendre la rénovation complète de cette usine dont l’activité essentielle sera l’aciérie, la forge et le laminage. Les équipements vont être progressivement améliorés et modernisés mais au fil des années, un problème crucial n’allait pas tarder à se poser, celui de la rentabilité d’une unité trop petite dans le cadre d’une sidérurgie dont la taille des installations allait en croissant.
A partir de 1968 va s’engager un processus de reconversion de l’usine avec la création, tout d’abord, d’un atelier de fabrication d’outillage de forges pour travail à chaud et à froid, et d’outillage divers ; puis en 1970, ces activités ont été complétées par l’implantation d’une fonderie de précision destinée à la fabrication de pièces de petit volume en acier au carbone et alliés. Par la suite, l’activité alliés spéciaux a été arrêtée en 1974 et la reconversion complète des ateliers a abouti à la mise en place d’une importante installation de frappe à froid capable de produire 800 tonnes de pièces par mois, des plus simples aux plus élaborées. La fonderie de précision quant à elle, avec une capacité de production dépassant 2500 tonnes par an, était classée parmi les plus importantes unités européennes. Les aciéries du temple deviennent Métaltemple en 1977.

En 1986 Renault vend l’atelier de frappe à froid au groupe Former qui fermera le site en décembre 1999 supprimant ainsi 180 emplois à St Michel. Seule l’activité fonderie avec 450 salariés perdure. L’entreprise connaît plusieurs changements d’actionnaires depuis 1999. Dans un premier temps Renault se désengage de Métaltemple, vend l’usine au groupe Teksid FIAT qui la cédera ensuite à un fond d’investissement Américain : Questor. L’entreprise traverse des moments difficiles, en dépôt de bilan en 2007, c’est le groupe B4 Italia qui acquiert Métaltemple. Après des changements successifs d’actionnaires, Métal Temple fermera en 2016.


En 1865, Napoléon III donne l’autorisation à la Compagnie Brassey-Fell pour la construction d’un chemin de Fer franchissant le col du Mont-Cenis par un train à crémaillère. Le 30 juin 1868, la ligne d’une longueur de 77 kilomètres est mise en service. Fin de l’exploitation de cette ligne en 1871 avec l’ouverture plus rapide que prévue, du Tunnel ferroviaire entre la France et l’Italie.